La blogosphère de Charline à Kinshasa

Impressions d'une mundele en R.D.Congo

14 novembre 2007

Kinshasa: récit d'une mort ordinaire

RichardA force de vivre au quotidien dans une ville délabrée, celle-ci a pris à mes yeux un  caractère de normalité. A mon arrivée à Kin, je vous ai parlé de plusieurs gangrènes de cette ville. Parmi celles-ci, il y a la circulation routière: Les routes délabrées; l'absence de code de la route ou en tout cas de son application; les chauffards; les véhicules de ministres qui roulent à contre-sens et à toute vitesse; les roulages (policiers affectés à la circulation) qui se laissent "acheter", créant ainsi des embouteillages monstres à la faveur d'un usager qui aura balancé un billet assez gros dans la main du fonctionnaire. Etc. etc. etc. J'avais donc fini par m'y habituer. Mais la déliquescence de cet état m'a de nouveau frappé de plein fouet dimanche matin, lorsque j'ai entendu le récit de l'accident mortel de mon collègue Richard Bilenge, décédé dans un frontal nocturne avec un camion.

A Kinshasa, pas d'éclairage public la nuit bien sûr. Un trou dans la route, comme toujours. Le camion veut l'éviter, se déplace sur la bande de gauche. Normal. Sauf que, ce camion-là n'a pas de phares. Richard ne le voit pas, et c'est le crash.

Richard, toujours vivant, est coincé dans sa titinne. Le chauffeur du camion s'enfuit. Sans prévenir qui que ce soit, évidemment. Le camion, lui, reste sur place. Il venait livrer des pains aux boulangeries de la ville. Quand les militaires arrivent sur place, ils se disputent la répartition des pains au lieu de tenter de sortir Richard qui agonise. Pire: ils tirent en l'air pour éviter que les civils ne s'en mêlent. Une fois servis, ils laissent les riverains se charger de sortir le corps brisé de Richard de sa prison. Puis, il faut encore attendre qu'une voiture puisse l'emmener à l'hôpital. Mais à 4 heures du matin à Kinshasa, presque aucun véhicule ne circule dans les rues sombres de la capitale. Ce n'est qu'à 5 heures du matin, soit deux heures après son accident, que l'on trouve un véhicule pour l'y emmener. Mais là, il n'y a plus besoin de se dépêcher: Richard est mort quand il passe le seuil de l'hôpital Mama Yemo.

Posté par charlineakin à 11:10 - Défis congolais - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

    Putain de camion

    Triste histoire et tellement absurde. Condoléances.

    Posté par Jo, 15 novembre 2007 à 17:33
  • Bonsoir Charline

    Cela m'est bien difficil de t'écrire : je m'explique : ma fille ainée travaille aussi en ce moment à Kin et son compagnon à la Monuc à Kin aussi peut être les connais tu ?

    souvent , j'ai l'impression que vu d'ici ma fille vit sur une autre planete . Tellement la vie est différente à Kin .
    Te lire va peut être me permettre de mieux comprendre

    a bientôt
    Valla

    Posté par vallatina, 28 novembre 2007 à 19:50
  • Quand on même demande de décrire la RD congo est une phrase, je répond:

    C'est le moyen âge avec des Kalashnikov et des portables.

    Posté par kim, 03 décembre 2007 à 00:20
  • Paix à son âme

    Paix à son âme... Encore un congolais qui meurt et qui s'ajoute à la longue liste des victimes de la descente aux enfers de ce pays.

    Il y a tout de même certaines choses, une certaine formulation, une manière de parler que je n'apprécie pas du tout de la part d'une européenne vivant au Congo. Ce ton moralisateur...

    S'il est vrai qu'il y a des choses, beaucoup de choses qui ne vont pas au Congo comme partout ailleurs, je pense qu'il serait honnête et correct de mentionner un minimum les côtés positifs de la vie dans ce pays. Je suis sûr qu'il y en a.

    Le Congo est peut-être un enfer mais vous avez laissé votre paradis la Belgique pour aller y vivre. Si c'était tant que ça l'enfer, je pense que vous aurez quitté depuis longtemps ce pays pour regagner votre paradis.

    Je suis congolais et je vis en Belgique depuis trois ans maintenant. Je peux dire à ce titre que ce n'est pas non plus le paradis. Le truc c'est que j'aime ce pays et malgré le fait que ce n'est pas toujours rose, malgré le fait que je prends assez souvent des baffes, je respecte ces gens, ces Belges qui me reçoivent chez eux...

    Essayez s'il vous plait ne serait-ce qu'une fois de mentionner les avantages que vous tirez en étant au Congo (je ne pense pas que vous y fassiez du bennevolat), ce sera avec plaisir que je vous lirais.

    Posté par Mwana Congo, 06 novembre 2008 à 16:42

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