La blogosphère de Charline à Kinshasa

Impressions d'une mundele en R.D.Congo

06 août 2007

Tranches de vie- Willy, passeur du bac

Cela fait longtemps que j'y pense, et la rédaction d'un article pour le magazine de la coopération belge m'a donné l'impulsion nécessaire à le faire. Je vais initier une nouvelle rubrique "Tranche de vie", dans laquelle je laisserai la parole à des personnes rencontrées de façon éphémère ou bien que je côtoie quotidiennement, et dont une bribe de vie mérite d'être racontée.

Premier épisode: la vie quotidienne de Willy, employé de l'Office de routes, fait traverser les voyageurs d'un côté à l'autre de la rivière Kwengue, à 30 km de Kikwit.

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Willy, passeur du bac

willy_le_baquier

"Etre baquier, c’est un métier qui se transmet de père en fils. Moi cela fait 9 ans que j’ai repris le flambeau, et je viens de commencer l'initiation de mon aîné. La rivière Kwengue et le bac, je connais cela depuis toujours, puisque j’habite à 50 mètres du point d’embarcation.

Etre baquier, en soi, ce n’est pas trop difficile, quand les installations sont en bon état. Pour faire passer les gens d’une rive à l’autre, ça demande juste un effort physique de quelques minutes : tourner les manivelles pour incliner le bac de façon à ce qu’il soit poussé par le courant et qu’il glisse le long de la poulie vers l’autre côté de la rivière. Après, il n’y a plus qu’à attendre d’être arrivé sur la rive opposée, pour débarquer les passagers, puis faire le chemin inverse.

En moyenne, on fait sept aller-retour par jour, avec une trentaine de piétons. Pour eux, le passage est gratuit. On ne fait payer que les vélos, motos etle_v_lo_sur_le_bac voitures. Après les piétons, ce sont les cyclistes qui sont les plus fréquents : ils viennent des villages avec leur vélo surchargé de maïs, d’arachides ou d’autres produits qu’ils vont vendre à Kikwit.

Pour eux comme pour nous baquiers, la vie n’est pas facile… Il y a bien sûr le salaire qui est insuffisant : avec mes deux collègues, nous nous partageons 10% des recettes du bac, ce qui revient à un salaire de trois dollars par mois. Comment voulez-vous que l’on vive avec cela ? Heureusement pour moi, je peux nourrir ma famille grâce aux cultures et à l’argent que j’en retire.*

L’autre problème, c’est l’entretien du bac : si l’on veut qu’il dure, il y a Zuidwaarts_059toujours des petites réparations à faire. Mais pour cela, il faut de l’argent. Pour l’instant cela fait deux mois nous attendons que l’Office des Routes nous envoie un nouveau câble pour relier le bac à la poulie. Comme il ne vient pas, on a fait du bricolage en tressant des câbles plus fins. En espérant que ça tienne assez longtemps…" 

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* Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’ils ne fournissent des tickets qu’aux véhicules à moteur. Mais pour chaque vélo qui passe, 150 FC (20 cents d’€) passent par les mains des baquiers, sans que cela n'entre dans les comptes remis à l’Office des Routes. Libre à eux de ne laisser qu’une somme « raisonnable » à leur hiérarchie.

Posté par charlineakin à 18:19 - Tranches de vie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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